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05/03/2017

Ainsi Xi Jinping, président de la Chine communiste, a prononcé un vibrant plaidoyer à Davos pour le libre-échange au moment même où les deux puissances atlantiques, qui ont inventé l’économie libérale, prônait l’enfermement derrière leurs frontières

Pas de passeport pour la recherche.

Mis en ligne le 19.01.2017 à 11:33

Jacques Neirynck

Ainsi Xi Jinping, président de la Chine prétendument communiste, a prononcé un vibrant plaidoyer à Davos pour le libre-échange au moment même où les deux puissances atlantiques, qui ont inventé l’économie libérale, prônait l’enfermement derrière leurs frontières. Cela n’a étonné que ceux qui ignoraient la politique à long terme de la Chine sur ce sujet. A rebours de l’URSS, la Chine avait compris que la recherche se déroulait sur une scène internationale où les absents ont toujours tort.

Durant les années 70 et 80, lors des colloques qui se tenaient dans le monde libre, essentiellement les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest, les pays communistes brillaient par leur absence. Quelques rares délégués hongrois ou polonais, jamais aucun de l’Allemagne de l’Est, un seul représentant de l’URSS en mission commandée pour collecter des informations, probablement mises sous secret dès sa rentrée. En retour pas ou peu de publications d’au-delà du rideau de fer dans les revues scientifiques occidentales. La contrainte était simple : si un savant franchissait le rideau de fer, il risquait de ne jamais revenir. Cette politique de fermeture, si bien décrite par Soljenitsyne dans « Le premier cercle », mena à l’asphyxie la science russe issue pourtant d’une longue tradition. Elle entraina un retard technique et une stagnation économique du modèle communiste et finit par l'effondrement du Mur de Berlin avec le modèle marxiste. 

La Chine communiste suivait une voie inverse. A la même période elle envoyait des stagiaires à l’étranger, en particulier à l’EPFL qui les accueillit libéralement. Ce n’étaient pas tous des espions : certains travaillaient sérieusement dans leur domaine et bénéficiaient de la convivialité de leurs collègues suisses. Rentrés en Chine, ils furent promus à des postes de responsabilité scientifique et technique. Le démarrage foudroyant de la Chine actuelle a ainsi été préparé de longue date, de façon intelligente par un peuple, qui en a compris les règles imprescriptibles : pas de science, pas de technique, pas de culture sans une ouverture maximale. A la fin du Moyen-Age, la Chine était plus avancée que l’Europe mais elle stagna ensuite par la politique de fermeture de certains empereurs.

Cas d’école : les Etats-Unis, très modestes contributeurs à la science avant 1930, (premier prix Nobel de physique en 1927) bénéficièrent de leur ouverture. En 1932, dès l’accession d’Hiler au pouvoir, Albert Einstein quitta l’Allemagne, parce que les lois nazies interdisaient aux juifs d’enseigner dans les universités. En 1939, il envoya une lettre célèbre à Franklin Roosevelt pour l’avertir de la possibilité de fabriquer une bombe nucléaire. Ainsi, par son obstination irrationnelle à persécuter les juifs, Hitler perdit-il la guerre avant même de l’avoir commencée. L’empire américain commença son ascension pour la seule raison qu’il était prêt à accueillir les élites que l’Europe rejetait. Dans le bureau voisin de celui d’Einstein à Princeton, se trouvait John von Neumann, juif hongrois qui apporta l’informatique à son pays d’adoption. Peu de temps après Werner von Braun, inventeur visionnaire de l’astronautique, passa sans états d’âme du service d’Hitler à celui de Truman, lorsque le savoir des juifs émigrés eut donné aux Américains la victoire sur les nazis antisémites, que von Braun avait servi par pure indifférence au pouvoir politique. L’arme nucléaire transportée par des missiles intercontinentaux munis d’un guidage informatisé donna aux Etats-Unis l’imperium mondial grâce à la collaboration involontaire de deux juifs exilés et d’un transfuge du nazisme.

Telles sont les règles inéluctables du jeu scientifique. En 2014, l’UE retira à la Suisse la participation à Erasmus et à Horizon 2020. C’était une mise en garde qui fit mal et que comprirent instantanément tous les initiés. Sans une participation pleine et entière à la science de l’Europe voisine, la Suisse s’étiolerait lentement et perdrait sa supériorité. Il s’ensuivrait mécaniquement un affaiblissement de l’industrie de pointe, une stagnation économique et un appauvrissement du pays.

Cette vérité élémentaire n’est toujours pas comprise par l’extrême-droite helvétique. Elle fantasme sur les prétendues qualités transcendantes d’un peuple élu, qui aurait su préserver la pureté de son sang. Elle s’imagine que des universités et des laboratoires industriels, peuplés principalement de nationaux, seraient viables, avec peut-être une dose homéopathique d’étrangers dûment intégrés. Or, sur une population de huit millions d’habitants, il n’y a qu’une faible fraction de jeunes capables et motivés pour faire de la recherche. C’est en recrutant dans le vaste monde que les Etats-Unis ont réussis à se hisser dans leur position actuelle. C’est en suivant la même politique que l’EPFL a démarré sous l’égide Patrick Aebischer : le passeport d’un candidat n’a aucune importance, ; il faut recruter le meilleur dans sa branche.

Xi Jinping a trouvé une image merveilleuse pour exprimer poétiquement cette vérité : en divisant un fleuve majestueux en de multiples ruisseaux, il perd toute sa force. La loi fédérale permet à un étranger diplômé d’une haute école suisse d’être recruté par l’industrie dans les mêmes conditions qu’un Suisse. Il reste des cantons qui n’appliquent cette règle qu’avec la plus mauvaise volonté. Un responsable de l’administration m’a un jour confié sa règle d'or: « Chaque fois que je donne un permis de travail à un étranger bien qualifié, je nuis à un Suisse qui l’est moins que lui.»


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