A notre tour maintenant de réaliser de grandes choses. Je sais ce à quoi vous pensez probablement: je ne sais pas comment inciter un million de personnes à s’impliquer dans quoi que ce soit. Mais laissez-moi vous dire un secret: personne ne le sait lorsqu’il commence. Les idées n’arrivent pas toutes prêtes. Elles se peaufinent à mesure que vous travaillez dessus. Il vous suffit de vous lancer.

Si j’avais dû comprendre tout ce qui permettrait de connecter les gens avant de commencer, je n’aurais jamais lancé Facebook. Etre idéaliste est une bonne chose. Mais soyez prêts à être incompris. Tous ceux qui travaillent à réaliser une vaste vision seront considérés comme insensés, même s’ils finissent par y arriver. (...)

Identifier les engagements

Dans notre société, nous sommes souvent réticents à réaliser de grandes choses, car nous avons tellement peur de faire des erreurs que nous préférons ne rien faire plutôt qu’agir. En réalité, dans tous les projets que nous entreprenons, nous rencontrerons à un moment ou à un autre des difficultés. Mais cela ne doit pas nous empêcher de nous lancer. 

Mark Zuckerberg à Harvard, le 25 mai 2017. Paul Marotta/AFP

Alors, qu’attendons-nous? Le temps est venu d’identifier les engagements qui définiront notre génération. Avant de mettre en péril notre planète, pourquoi ne pas lutter contre le changement climatique en incitant des millions de personnes à s’impliquer dans la fabrication et l’installation de panneaux solaires?

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Pourquoi ne pas guérir toutes les maladies et demander aux bénévoles de collecter leurs informations médicales et de partager leurs génomes? Aujourd’hui, nous dépensons 50 fois plus pour traiter les personnes malades que pour chercher à prévenir les maladies. Cela n’a aucun sens. Nous pouvons résoudre ce problème. Pourquoi ne pas moderniser la démocratie pour que tout le monde puisse voter en ligne et personnaliser l’enseignement pour que chacun puisse apprendre?

(...) Entreprendre de grands projets pertinents est la première chose que nous pouvons faire pour créer un monde où chacun a un but dans la vie. La seconde est de redéfinir l’égalité des chances afin d’offrir à tous la possibilité d’atteindre ses objectifs.

«Nous sommes tous entrepreneurs»

Beaucoup de nos parents ont eu des emplois stables tout au long de leur carrière. Aujourd’hui, nous sommes tous entrepreneurs, que nous lancions des projets ou trouvions notre rôle. C’est formidable. Notre culture de l’entrepreneuriat nous permet de générer tous ces progrès. Une culture de l’entrepreneuriat prospère lorsqu’il est facile de tenter un grand nombre de nouvelles idées. (...)

Mais aujourd’hui, le niveau d’inégalité des richesses est tel qu’il touche chacun d’entre nous. Si chacun n’a pas la possibilité de transformer une idée en entreprise historique, nous sommes tous perdants. (…) Je connais beaucoup d’entrepreneurs et pas un seul n’a laissé tomber son projet parce qu’il risquait de ne pas générer assez de revenus. Mais je connais beaucoup de gens qui ont abandonné leurs rêves parce qu’ils n’avaient pas de filet de sécurité en cas d’échec.

Je connais beaucoup de gens qui ont abandonné leurs rêves parce qu'ils n'avaient pas de filet de sécurité en cas d'échec.

Nous savons tous qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne idée ou de travailler dur pour réussir. La réussite est aussi liée à la chance. Si j’avais dû m’occuper de ma famille au lieu de consacrer mon temps libre au codage, si je n’avais pas su que tout irait bien pour moi si Facebook ne fonctionnait pas, je ne serais pas là aujourd’hui. Si nous sommes honnêtes, nous savons tous que nous avons eu de la chance.

Un nouveau contrat social

Chaque génération élargit la définition de l’égalité. Les générations précédentes se sont battues pour le droit de vote et les droits civiques. Elles ont dû créer le New Deal et la Great Society. C’est désormais notre tour de définir un nouveau contrat social pour notre génération. (...)

Nous devons explorer des idées comme le revenu universel afin de donner à chacun une sécurité permettant d'essayer de nouvelles choses.

Nous devons explorer des idées comme le revenu universel afin de donner à chacun une sécurité permettant d’essayer de nouvelles choses. Nous allons changer d’emploi à de nombreuses reprises, nous avons donc besoin de gardes d’enfants et de soins de santé qui ne sont pas liés à une entreprise unique. Nous allons tous faire des erreurs, nous avons donc besoin d’une société moins axée sur le blocage ou la stigmatisation. Etant donné que la technologie ne cesse d’évoluer, nous devons nous consacrer davantage à une formation continue tout au long de notre vie.

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Je sais qu’offrir la possibilité à chacun de poursuivre son objectif n’est pas gratuit. Les gens comme moi devraient payer pour cela. Beaucoup d’entre vous s’en sortent très bien et devraient faire de même. C’est pour cela que mon épouse Priscilla et moi avons lancé l’initiative Chan Zuckerberg et consacré notre fortune à la promotion de l’égalité des chances. Ce sont les valeurs de notre génération. Il n’a jamais été question de savoir si nous allions initier ce projet ou non. La seule question était de savoir quand. (...)

Un sentiment d’appartenance

Le sens n’est pas nécessairement lié au travail. La troisième façon dont nous pouvons créer du sens pour chacun est de créer une communauté, un sentiment d’appartenance. Quand notre génération emploie le terme «chacun», nous parlons de chaque personne de ce monde.

Petit sondage rapide: combien d’entre vous viennent de l’étranger? Et combien d’entre vous sont amis avec l’une de ces personnes? Maintenant, nous savons de quoi nous parlons. Nous avons grandi en étant connectés. Dans une étude demandant à la génération Y du monde entier ce qui définit notre identité, la réponse la plus populaire n’était pas la nationalité, la religion ou l’ethnicité, c’était l’expression «citoyen du monde». C’est un concept important. (...)

Aucun pays ne peut combattre le changement climatique seul ou empêcher les pandémies.

Nous savons que nos plus grandes opportunités sont désormais internationales. Nous pouvons être la génération qui met fin à la pauvreté et aux maladies. Nous avons conscience que les réponses à nos plus grands défis sont également internationales. Aucun pays ne peut combattre le changement climatique seul ou empêcher les pandémies. Le progrès exige maintenant de se regrouper non seulement en villes ou en nations, mais aussi en tant que communauté mondiale. (...)

Un combat d’idées

C’est le combat de notre époque. Les forces de la liberté, de l’ouverture d’esprit et de la collaboration internationale contre les forces de l’autoritarisme, de l’isolationnisme et du nationalisme. Les forces du flux d’information, de l’échange et de l’immigration contre ceux qui leur font obstacle. Ce n’est pas un combat entre nations, mais un combat entre idées. Il y a dans chaque pays des personnes en faveur de la connexion mondiale et des personnes respectables qui sont contre.

Cela ne va pas non plus se décider aux assemblées générales des Nations unies. Cela va évoluer au niveau local, quand un nombre suffisant d’entre nous auront un sentiment de détermination et de stabilité dans leur vie, de sorte que nous pourrons nous ouvrir et commencer à nous occuper des autres. La meilleure manière d’y parvenir et de commencer à créer des communautés locales dès maintenant.

Nos communautés ont toute une signification à nos yeux. Qu’il s’agisse de foyers ou d’équipes sportives, d’églises ou de groupes musicaux, elles nous donnent l’impression de faire partie d’un ensemble plus grand, de ne pas être seuls. Elles nous donnent la force d’élargir notre horizon. (…)

Le changement commence au niveau local. Même les changements mondiaux commencent à petite échelle, avec des personnes comme nous. Pour notre génération, la question de savoir s’il faut se connecter davantage et saisir nos opportunités majeures se résume à notre capacité à créer des communautés et un monde où chaque être humain trouve sa raison d’être. (…)

Traduction Le Monde