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10/01/2011

AlloCiné, Sofia Coppola débute sa carrière d' actrice dès le berceau,une réalisatrice singulière. Les looks de Sofia Coppola, une réalisatrice branchée au style ...

Dans la suite du Bristol réservée pour la promotion de son nouveau long métrage Somewhere, il flotte un parfum de décalage horaire. Ses pas, Sofia Coppola les a posés le matin-même sur le sol de Paris-Charles de Gaulle, en provenance de New York. On l’imagine « jet-laggée », fidèle à sa répu­tation de « mauvaise cliente » en interview, lost in trans­lation. Sans séduction ostentatoire, ni distance calculée, la jeune femme nous reçoit avec courtoisie. Directe, ­détendue et peu apprêtée (maquillage invisible, jean en velours et bottines), elle se prête de bonne grâce au jeu de la promotion. Ce jour-là, la princesse n’a pas chaussé son soulier de vair.

Avec son mode de vie très rock’n roll, Johnny Marco, héros de votre film, n’est-il pas l’archétype de la star hollywoodienne ?
Mon film raconte l’histoire d’un mauvais garçon d’Hollywood. Au moment où j’écrivais le scénario, j’entendais parler d’acteurs à succès ou de chanteurs en proie à ce type de problèmes, du genre tout a l’air d’aller pour le mieux en apparence mais, en creusant, c’est une tout autre facette qui se révèle.

Cette vie dissolue, l’avez-vous déjà expérimentée ?

Je me suis toujours investie personnellement dans mes films, alors forcément il y a une part de moi dans le personnage. Pas du point de vue du mode de vie, car ma vie ne ressemble pas du tout à la sienne. Il se situe à un carrefour de son existence où il doit affronter la décision d’emprunter une direction plutôt qu’une autre. Chacun est un jour confronté à la nécessité de prendre une décision de cette nature, quel que soit son mode de vie.

Un thème majeur de votre œuvre est la célébrité. Pourquoi ?
Je travaille sur le matériau que je connais, avec lequel je me sens familière. Je ne me vois pas écrire sur quelque chose que je ne connais pas. Le thème qui structure mon œuvre est celui de la quête d’identité. Le fait d’écrire sur la célébrité n’est pas tant un révélateur de ma personnalité, même si des éléments autobiographiques peuvent apparaître çà et là. J’écris juste sur ce qui appartient à la culture américaine et sur ce qui m’est familier.

La célébrité est-elle source d’isolement ?
Je n’ai pas le même degré de notoriété qu’un acteur hollywoodien. Dans la culture américaine, il y a cette obsession perma­nente de la célébrité, d’apparaître dans des émissions de télé-­réalité. L’objectif de Somewhere est d’approcher au plus près ce qu’est la réalité d’un acteur qui s’installe au Château Marmont [grand hôtel de Los Angeles, ndlr].

L’incommunicabilité est un autre thème récurrent de votre œuvre.
Il n’y a qu’au cinéma que les gens sont capables d’exprimer parfaitement ce qu’ils ressentent. Dans la vie, cela ne se passe jamais de cette façon : on peut dire une chose qui signifie son contraire, ne pas être capable de formuler les choses ou les exprimer autrement que par la parole. Ce sont ces moments que j’aime filmer, les non-dits, ce qui affleure…

La musique a une importance particulière dans vos films. Com­ment la choisissez-vous ?
Généralement, quand j’écris, j’écoute de la musique, et parfois une des chansons écoutées finit dans le film. Je peux écouter ­certaines chansons en boucle ­selon mon humeur. C’est avant tout une question d’humeur.

Tourner un long métrage lorsque l’on est une jeune femme douce et fluette, est-ce difficile ?
Il faut avoir une forte clarté de point de vue, être capable d’exprimer à l’équipe la façon dont on conçoit les choses. C’est un travail de collaboration. Cela nécessite d’être clair sur ce qu’on veut.

Le fait d’être devenue mère a-t-il changé votre regard de réalisatrice ?
Oui, certainement. Après la naissance de ma fille, j’ai pris une ­année sabbatique. Devenir mère, cela change l’ordre des priorités, apporte un regard nouveau sur les choses. C’est ce que j’ai voulu insuffler au film, que la dimension de la paternité soit présente.

Votre travail a-t-il une influence sur celui de votre père ?
C’est marrant, je n’y ai jamais pensé. Mais mon père m’a dit que Lost in Translation lui avait redonné l’envie des débuts, de revenir à une forme cinématographique plus simple. On n’en parle finalement pas tant que ça…

Êtes-vous perçue différemment en Europe et aux États-Unis ?
Difficile à dire. Car j’évite d’accorder trop d’importance à ce que l’on dit ou écrit sur moi, de peur d’être trop concentrée sur mon image. Mais je me sens bien comprise en France. Le fait que je ne réalise pas de films d’action mais au contraire des films assez contemplatifs renvoie précisément à une certaine tradition cinématographique européenne.

Vous sentez-vous plus européenne qu’américaine ?
Étant née dans le nord de la Californie, techniquement, je suis californienne. Mais comme j’habite entre New York et Paris et que je voyage pas mal, c’est difficile à dire. Quand je suis en Europe, je me sens américaine. Mais le fait d’avoir des racines italiennes et des enfants français me rapproche de ces pays.

Aimez-vous Paris ?
Je me suis installée à Paris au moment de l’écriture de Marie Antoinette. J’adore Paris, mais je peux vite ressentir le mal du pays. À cause de tous ces petits détails de la vie quotidienne, ­comme ne pas pouvoir manger un truc en particulier ou aller dans mon resto préféré… Mais Paris est une si belle ville et il y a tellement de choses que j’adore faire ici : aller au Café de Flore, me promener au Luxembourg avec mes enfants… J’habite à Saint-Germain-des-Prés, dans le quartier où mes parents avaient leur appartement quand j’étais petite.

Avez-vous conscience de représenter le chic parisien ?
J’incarne le chic parisien ? Moi ? Vraiment ? Oh, merci. Les Parisiens font plus attention à la façon dont ils s’habillent qu’aux États-Unis, où les gens portent plus volontiers des baskets. Quand on était à Paris avec mes parents, mon père invitait toujours des gens très chic, c’est peut-être pour cette raison que j’apprécie le style. Ceci dit, je ne me perçois pas vraiment ainsi.

Allez-vous poursuivre votre collaboration avec Vuitton ?
Créer un sac pour Vuitton alors que je me consacrais à ma fille après sa naissance a été un projet intéressant. C’était marrant d’aller dans leur bureau, de prétendre que je bossais là-bas (elle rit) ! Faire un film prend plus d’un an, là cela a été beaucoup plus ­rapide, ce qui n’est pas désagréable.

Par Alexis Tain

diapo

Sofia Coppola : rencontre parisienne avec une réalisatrice hype. "Le thème qui structure mon œuvre est la quête d'identité." © Patrick Swirc "Je filme les non-dits, ce qui affleure..."
"Virgin Suicides" (1999) : sur la musique d’Air, son très beau premier film qui a lancé Kirsten Dunst. © DR "Lost in translation" (2002) : à Tokyo, Bill Murray et Scarlett Johansson ­forment l’­improbable ­couple de son premier ­scénario original. © DR "Marie Antoinette" (2006) : le film d’époque qui dépoussière le genre grâce à ses anachronismes. © DR
"Somewhere" (2011) : les errances d’un acteur et de sa petite fille au Château Marmont, hôtel mythique de Los Angeles. © DR

 

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